En appelant à voter Oui à ses deux initiatives populaires constitutionnelle et législative et Non au contre-projet, le comité unitaire pour un salaire minimum cantonal veut garantir que le plus grand nombre de salarié-e-s puisse vivre de son travail. Il dénonce un contre-projet vide et trompeur qui fait des exceptions la règle et exclut de nombreuses femmes. Tout plaide aujourd’hui pour ce nouveau droit : les primes-maladie, les loyers et les prix qui menacent le pouvoir d’achat, et les expériences positives faites à Genève et Neuchâtel. Les initiatives responsabilisent les partenaires sociaux et diminuent la pression sur le Canton et les communes en charge de l’aide sociale. La campagne de terrain débute le 1er mai.
Réuni pour une conférence de presse ce jour, le comité unitaire lance la campagne pour un vrai salaire minimum cantonal en appelant la population à voter 2xOUI aux initiatives populaires pour un salaire minimum cantonal et NON au contre-projet.
Contexte économique, social et politique en faveur du salaire minimum
Alors que les primes-maladie, les loyers, le prix des transports dont l’essence ne cessent de prendre l’ascenseur, il y a une urgence sociale à garantir à chacun-e de pouvoir vivre dignement de son travail. 10% de la population active vaudoise vit avec un bas salaire, entre 5 et 7% de la population bénéficierait directement du salaire minimum cantonal. Les études scientifiques effectuées à Genève et l’analyse du chômage à Neuchâtel montrent les effets économiques positifs de ce nouvel outil. Pour Samuel Bendahan, conseiller national et économiste, « il y a aussi une urgence politique à voter sur les initiatives alors que la motion Ettlin veut faire primer les conventions collectives étendues sur les salaires minimaux cantonaux » : la commission des Etats sur la motion Ettlin propose en l’état une clause assurant les droits acquis aux cantons ayant déjà introduit un salaire minimum. Vaud pourrait en bénéficier comme ses voisins pour autant qu’il vote en faveur des initiatives.
Oui à l’initiative constitutionnelle pour ancrer un droit
Le comité unitaire appelle à voter pour l’initiative constitutionnelle qui ancre le principe et le rôle de politique sociale du salaire minimum dans la Constitution vaudoise. Cela assure la pérennité du salaire minimum, son caractère couvrant et sa sécurité juridique contre tout recours à la Cour constitutionnelle. Vaud s’alignerait ainsi sur les cantons avec salaire minimum qui disposent tous déjà des bases constitutionnelles adaptées (GE, NE, JU, TI, BS).
Oui à l’initiative législative pour fixer un salaire digne
Le comité unitaire appelle à voter pour l’initiative législative qui définit le montant précis du salaire minimum (23 CHF au coût de la vie de 2023) et son indexation en fonction de l’indice suisse des prix à la consommation (CHF 23.58 en 2026 arrondi à 23.60). Son champ d’application est large et non discriminatoire, il s’étend aux CCT et CTT, comme à Genève et Neuchâtel ; cette couverture large est une garantie que ce salaire minimum soit connu et respecté. Pour Arnaud Bouverat, secrétaire régional du syndicat Unia et co-président du comité, « ce salaire minimum responsabilise les partenaires sociaux non seulement dans les négociations pour garantir un salaire adapté au coût de la vie vaudois mais aussi dans l’application en participant à son contrôle ». Des exceptions et dérogations limitées sont prévues pour des secteurs spécifiques (agriculture) ou pour des formes de contrats très spécifiques (apprentissage, réinsertion, stage certifiant, mineurs).
Non à un contre-projet vide, trompeur et discriminatoire
Le comité unitaire appelle à rejeter le contre-projet car il vide le salaire minimum de sa substance et le réduit à peau de chagrin. Il comprend des failles importantes ; pour Gabriella Lima, co-présidente du comité et membre d’Ensemble à Gauche, au final, « très peu de travailleurs et de travailleuses en bénéficieraient, c’est un salaire minimum qui exclut et précarise, pas un salaire minimum qui protège ». Premièrement, son montant de base n’est pas référencé à une année particulière et il ne dispose pas de dispositif transparent d’indexation. Deuxièmement, le contre-projet exclut des bénéficiaires les salarié-e-s soumis à une CCT ou un CTT. Des pans entiers de l’économie vaudoise ne seraient pas soumis au salaire minimum. De nombreuses femmes actives dans l’hôtellerie-restauration, le nettoyage, l’économie domestique ne verraient donc pas la couleur d’un salaire digne. De ce fait, le contre-projet rate sa cible de réduire la pauvreté puisque 2/3 des personnes à bas salaires sont des femmes. Enfin, le Conseil d’Etat prévoit non seulement davantage d’exceptions mais il prévoit d’en ajouter encore d’autres par la suite.
Un outil de politique sociale pour lutter contre la pauvreté
Le salaire minimum a été validé par le Tribunal fédéral comme un véritable outil de politique sociale permettant à de nombreux-ses travailleurs de sortir de la pauvreté. En s’appliquant au plus grand nombre, les initiatives s’inspirent de cette logique, des expériences effectives et permettent d’éviter que ce soit l’Etat qui pallie la sous-enchère salariale exercées par certains patrons, tout secteur confondu. Le Conseil d’Etat et le Grand Conseil vaudois n’ont pas réussi à considérer le salaire minimum autrement que comme une contrainte pour le patronat qu’il faut limiter au maximum ; l’effet du contre-projet s’annoncerait donc très limité. Joëlle Minacci, députée au Grand Conseil d’Ensemble à Gauche, rappelle que « les prestations sociales sont payées par l’Etat et par nos impôts. Ce sont donc les citoyennes et citoyens, le Canton et les communes, qui mettent la main au porte-monnaie pour compenser les bas salaires ». Le soutien aux initiatives est donc dans l’intérêt commun des salarié-e-s, des contribuables, de l’Etat et des communes.
Une campagne unitaire et solidaire des salarié-e-s concerné-e-s
Le comité unitaire lance la campagne cette semaine une campagne de terrain avec une première action symbolique lors du 1er mai cantonal à Lausanne. De multiples activités seront organisées lors de marchés et d’actions organisées par les associations membres du comité d’initiative. Des personnes concernées prendront également la parole au cours de cette campagne pour faire entendre la nécessité du double oui aux initiatives. C’est le cas de Carla, nettoyeuse, qui résume très bien son quotidien : « Après avoir payé le loyer et réglé la facture obligatoire de l’assurance maladie, le budget est pratiquement fini. Parfois, on doit choisir entre payer les factures ou se nourrir correctement ; […] ce n’est pas vivre, mais simplement survivre ». Il en est de même de Trini : « Dans le secteur du nettoyage, nous avons plusieurs contrats de travail pour des entreprises différentes. […] Si à l’absence d’heures, on rajoute les bas salaires la situation pour nous travailleuses devient critique et instable. Le salaire proposé par notre initiative nous permettra d’améliorer la situation de beaucoup de personnes pour qu’elles puissent payer les frais de base afin d’avoir une vie meilleure et plus digne. »
